La porte fermée


 Je veux vous raconter aujourd’hui, une histoire un peu spéciale…

Il fut une époque où l’on ne savait pas si l’enfant qui allait naître serait un garçon ou une fille. Dans certaines familles ça n’avait aucune importance car le bébé était accueilli avec enthousiasme, mais dans d’autres, la question revêtait une extrême gravité. En général, le père souhaitait un fils comme garantie de la pérennité de la lignée familiale. Le garçon aurait repris la direction des affaires, de l’entreprise, de la société. Dans une société de culture patriarcale, la naissance d’un garçon était considérée un bienfait. Après… pouvaient arriver des filles.

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 L’histoire que je vais vous raconter se déroule juste après la guerre, en France, dans une famille bourgeoise, catholique, dotée d’un solide patrimoine et de valeurs affirmées. La déception est manifeste quand le premier enfant ne vient pas couronner le rêve de son père, ni celui du grand-père et de toute la noble famille, car vient de naître une ravissante petite fille.

 Le deuxième enfant renforce la mauvaise humeur: encore une fille ! À la naissance de la troisième fille, la famille commence à se préoccuper sérieusement. Quand apparaît enfin la quatrième: c’est le drame. La mère se sent honteuse, coupable en quelque sorte. Le langage lui-même est significatif car on lui reproche de ne pas avoir su « donner un fils » à son mari. Les mots ont leur importance et leur poids écrase les jours comme les nuits de l’épouse. Si la pratique avait été encore de mise, elle aurait été répudiée, renvoyée dans sa famille. Heureusement, cette triste habitude n’existe plus depuis longtemps. Mais il peut y avoir bien pire qu’un bannissement physique et matériel pour une femme et sa progéniture. Le rejet pur et simple des quatre filles, qui n’ayant pas la renommée des quatre filles du Docteur March du fameux roman de Louisa May Alcott, deviennent des « invisibles ». Elles n’ont, pour leur propre famille, aucune valeur. Quant à leur mère, elle est considérée « traître » à la cause.

 Une des filles va pourtant essayer de conquérir son père. Son prénom est curieusement l’un des rares que l’on utilise au féminin comme au masculin, Camille! Il voulait un garçon ? Qu’à cela ne tienne, elle deviendra ce Fils après lequel il languit. Camille se lance dans la conquête de ce père distant. Elle est littéralement un vrai garçon manqué. Elle fait tout ce qui, habituellement, est compétence d’un garçon, et bien plus encore, mais elle est constamment rabaissée par son père qui ne reconnaît aucun de ses efforts et l’humilie devant les autres. 

 La petite fille a beau faire, elle n’obtient aucune reconnaissance. Elle se tait, ne pleure jamais et grandit avec la rage au cœur et un sens de culpabilité profondément enraciné. À cause de ses choix, elle n’a pas de vraie relation avec ses sœurs, ne partage pas leurs jeux, elles n’ont d’ailleurs aucun goût commun. Elles vivent dans un monde hyper féminin alors que Camille navigue hors de portée, sur une planète éloignée.

 La personnalité fragilisée de la mère et le conditionnement culturel de l’époque renforcent l’isolement de la gamine qui devient une adolescente solitaire, repliée en elle-même, incomprise, rejetée du côté féminin comme du côté masculin, à la recherche d’une identité qu’elle n’arrive pas à définir. Le développement de sa sexualité en souffre naturellement. Elle ne se sent pas à son aise avec les garçons de son âge et se voit refusée par les filles de sa génération.

 Qui est-elle ? Elle ne le sait pas elle-même, mais la colère qui l’habite mine peu à peu sa santé. La sensation d’être constamment exclue par tous la pousse à des gestes extrêmes.

 Comme elle a développé un physique enviable, suite à la pratique de sports intensifs de type masculin, Camille invente chaque jour de nouveaux défis à elle-même, mettant sa vie en danger. Toutes les activités extrêmes la fascinent. Sur terre, sous terre, sur mer, sous l’eau, tout est bon pour tenter de démontrer à ce père indifférent qu’elle existe.

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Un soir, furieuse d’avoir été pour la énième fois ignorée, elle se lance dans une course folle en voiture dans la montagne. Ce qui devait arriver, arriva. Un virage pris trop vite, un animal qui déboucha devant les phares, le coup de frein, un dérapage impossible à contrôler… Elle finit dans le ravin. Traumatisme crânien et les deux jambes brisées avec de mauvaises fractures.

 De longs mois immobilisée à se morfondre. De longs mois où elle repasse le film de sa vie et se pose enfin la question principale : Qui suis-je? Qu’ai-je fait durant toutes ces années? Pourquoi? Et pour qui?

 Lentement, elle commença à se rendre compte qu’elle n’avait jamais vécu pour elle-même, qu’elle n’avait jamais été, elle-même. Toutes ces années, elle avait tenté de copier un modèle masculin, ce qu’elle croyait être le désir de son père, afin de ressembler au mythe. Elle s’était identifiée à ce fils que son père désirait tant afin d’obtenir la reconnaissance et l’amour de cet homme. Elle s’était niée elle-même. Elle ne savait même pas ce qu’elle voulait, ce qu’elle aimait. Cette prise de conscience lui permit de comprendre qui n’y avait pas que le sport, le physique, la force, l’endurance pour qu’une vie soit reconnue comme digne d’être vécue.

 Parmi les personnes qui la soignaient, un médecin lui fit partager son amour de la musique. Paralysée dans un fauteuil, elle écouta des concertos pendant des heures. Puis, elle s’enhardit et décida d’occuper ses longues journées en suivant des cours de musique. Le choix de l’instrument ne fut pas simple. Pas question de se mettre à un piano, un violon lui demandait trop d’effort, même la guitare lui posait problème. Rien n’est facile quand on est prisonnière d’un fauteuil roulant. Elle opta pour la flûte traversière.

 Elle qui ne riait que très rarement, s’aperçut que rire était agréable, que le sens de l’humour aidait à vivre les événements difficiles du quotidien avec légèreté. Camille comprit le sens que pouvait avoir sa vie.

 Une infirmière, en particulier, spécialiste dans le domaine de la rééducation fonctionnelle, lui révéla les secrets des techniques de relaxation et de méditation. Elle lui parla d’une thérapeute dont elle avait suivi de nombreux cours. Grâce à la pratique des techniques de relaxation et de visualisation, Camille consolida son cheminement vers la paix intérieure et la sérénité.

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 Un jour, sa nouvelle amie lui offrit un livre sur la résilience. Sans le savoir, Camille comprit que ce qu’elle avait pratiqué depuis son accident, était précisément la mise en acte d’un comportement de résilient. Elle avait su résister aux conséquences de l’accident, au stress, à la négation de soi, elle avait trouvé une capacité à se relever, à vivre, à se développer positivement malgré ses blessures physiques et psychologiques. Elle avait affronté sa peur de ne plus être comme avant.

 Camille n’était pas seulement une survivante. Quand elle se regardait dans un miroir, elle voyait une femme qui avait su résister à la destruction, défendre son intégrité physique et psychique, se reconstruire et avoir enfin une vie digne d’être vécue malgré tout ce qu’elle avait endurée. Camille venait de se réconcilier avec son être féminin!

 Les ressources, dont elle ignorait l’existence, se révélaient avoir toujours existé, cachées à l’intérieur d’elle-même. Elles lui permettaient de faire connaissance avec une femme inconnue, enfouie au plus profond de son être véritable. La femme qu’elle avait refusée pendant toutes ces années de jeunesse, la fille perdue en quête d’une valeur qu’elle attendait de la part des autres et avant tout de la part de son père, pouvait enfin redresser fièrement la tête.

 L’épilogue de cette histoire? Camille marche aujourd’hui avec une seule béquille. Elle compte bien, dans quelque temps, n’avoir plus besoin de cette alliée. Elle a compris que l’alpinisme, la spéléologie et autres disciplines de ce genre ne sont plus fondamentales dans son existence, mais que les techniques de relaxation et de visualisation lui apportent beaucoup plus.

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Elle a fait des recherches sur son karma et s’est naturellement intéressée à la numérologue Karmique. Le temps que l’accident a mis à sa disposition, bien malgré elle, lui a offert le plus beau des cadeaux, la possibilité de voyager à l’intérieur de son Moi profond. C’est ainsi que Camille a ouvert la fenêtre de son âme et a laissé s’épanouir sa spiritualité.

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 J’aimerais vous dire, comme dans les contes de fées, que Camille a trouvé l’amour dans le bel interne qui prenait soin d’elle, mais cela ne s’est pas produit. Un jour, peut-être… Ce qui est certain c’est qu’elle possède aujourd’hui équilibre et lucidité, joie et amour pour la vie. Sa soif de connaissance est sans limite. Elle lit, elle suit des formations, son MP3 diffuse les techniques de relaxation qui la soutiennent car, dit-elle,  » aujourd’hui, je ne marche plus, je dois voler ! « 

 Helen Keller a écrit  » Lorsqu’une porte se ferme sur le bonheur, une autre s’ouvre. Souvent, nous regardons si longtemps la porte fermée que nous ne voyons pas la nouvelle porte qui s’est ouverte pour nous. »

 Suivons donc l’exemple de Camille et ouvrons donc nos portes!

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Amanda Castello

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